Camila Paez

Sucre, additifs et hyperactivité

Qui n’a pas récupéré son enfant après un copieux anniversaire sans constater qu’il était sur-excité ? Il est courant de mettre l’excès de sucre en cause d’un comportement et/ou d’une capacité attentionnelle diminuée, mais que disent réellement les données sur cette question ? La consommation de sucre cause-t-elle réellement une réelle hyperactivité et pourrait-elle donc être un des facteurs déclenchant des difficultés de concentration ?

Au cours des trente dernières années, plusieurs études sur le lien entre la consommation de sucre et/ou les additifs et le comportement, l’apprentissage ou l’état émotionnel ont vu le jour. Nous allons évoquer les conclusions les plus représentatives de ces observations. Comme j’essaie de le dire depuis le début de cette série d’articles sur l’apprentissage et l’alimentation, l’objectif n’est pas de trouver la cause de difficultés scolaires ou des TND (TDAH, TSA, troubles dys) mais bien de comprendre que lorsqu’on parle de cognition, nous sommes face à un panel de facteurs qui peuvent avoir un lien. D’ailleurs la science est dans une posture similaire d’observation de ces facteurs. Donc non, l’alimentation n’est pas la seule et unique cause des troubles ni de la baisse de niveau des élèves, mais c’est sans aucun doute un levier indispensable pour permettre le bon fonctionnement cérébral.

Dans une méta-analyse de 2023, c’est-à-dire un document scientifique rigoureux qui a réuni plusieurs données concernant la question du sucre et son impact sur les fonctions cognitives, des chercheurs ont conclu que les études sur l’impact indépendant du sucre sur la santé et la cognition sont rares ou issues des expériences courtes et utilisant presque exclusivement du glucose. Il est donc difficile de distinguer précisément les effets à court terme des différents types de sucres.

Cependant, un constat en ressort : le cerveau a besoin de glucose pour fonctionner notamment après un jeûne, mais cet apport peut provenir de plusieurs sources autres que le sucre raffiné, comme par exemple les fruits. La revue note que les bénéfices associés à la consommation de fruits pourraient être induits par d’autres macro et micronutriments que le sucre. En effet, d’autres composants sont présents naturellement dans les fruits comme les vitamines ou les fibres dont on a vu l’importance dans l’apprentissage dans mon 1er article. Au quotidien, il est donc important de favoriser la consommation de fruits dans leur forme brute, sans sucre ajouté et idéalement crus.

La publication en question nous apprend également que les les effets négatifs des sucres libres sur les fonctions cognitives (mémoire ou apprentissage) sont associés à une consommation en excès, prolongée ou prénatale de produits à haute teneur en fructose ajouté, souvent présents dans les boissons sucrées comme les sodas ou les produits transformés.

Ce dernier point concernant les produits industriels nous amène à une autre méta-analyse cette fois très récente (2025) à propos des effets sur la cognition des aliments ultra-tranformés (AUT) chez les enfants et les adolescents. Selon la classification NOVA, les AUT sont des préparations industrielles composées principalement ou entièrement de substances extraites d’aliments (comme les huiles, les graisses, les sucres et les amidons), dérivées de constituants alimentaires (comme les graisses hydrogénées ou les amidons modifiés) ou synthétisées en laboratoire (notamment les exhausteurs de goût, les colorants et les émulsifiants). Cette publication recensant 35 études pertinentes et portant sur 84 062 participants montre qu’une consommation accrue d’AUT était systématiquement associée à de moins bonnes performances cognitives chez les enfants et les adolescents dans la plupart des domaines cognitifs : l’attention, les fonctions exécutives, l’intelligence fluide, le langage et les capacités visuo-spatiales. En effet, ces produits ayant des apports nutritionnels très souvent médiocres ils peuvent potentiellement accroître l’inflammation et le stress oxydatif dont je parlais également au sujet des pesticides dans mon article précédent.

En résumé, l’impact concernant le sucre ne vient pas tant du sucre en lui-même mais de la qualité globale de l’alimentation (ultra-transformée ou non) et de la chronicité de la consommation.

De cette série d’articles sur l’alimentation et l’apprentissage on en conclut, sans réelle surprise mais avec une base scientifique plus concrète, de la nécessité de favoriser une alimentation variée, issue d’aliments bruts autant que possible, riche en nutriments variés et si possible issue de l’agriculture biologique. Donner une importance aux fibres (fruits, légumes, céréales et légumineuses de qualité) et réduire notre consommation des produits ultra-transformés est un levier du quotidien pour mettre à profit nos capacités cognitives et celles de nos enfants. J’en retiens aussi que les études évoquent la nécessité de poursuivre les recherches sur ces thèmes mais aussi et surtout de favoriser des politiques qui permettent une consommation d’aliments plus qualitatifs nutritionnellement.

Sources :

« The Impact of Free and Added Sugars on Cognitive Function: A Systematic Review and Meta-Analysis » Auteur : Kerri M. Gillespie et al. Publication : Nutrients (2023)

« Food for Thought: A Systematic Review and Meta‐Analysis on the Effects of Ultra-Processed Foods on Cognition in Children and Adolescents » Auteur principal : L. Nguyen et al. Publication : Food Frontiers (2025)

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